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Comprendre une créa, trois exemples de couv' faites maison

Cette année, hors webdesign et créations de logos, j'ai eu 3 cas de couvertures à réaliser (enfin un travail collectif bien sûr : Caro et moi). On se rend compte souvent lorsqu'on travaille sur la symbolique, que certaines choses paraissent évidentes, alors que d'autres ne sautent pas aux yeux. Ce qui est certain toutefois, c'est la force de suggestion que peut avoir un travail sans qu'il soit explicite visuellement. On reste toutefois dans un travail d'agence et non dans un cadre artistique pur, donc il ne s'agit pas là d'oeuvre pour lesquelles j'ai une grande prétention.

J'ai donc repris 3 cas, et détaille brièvement mes intentions graphiques au service du sujet imposé.

 

couverture graphisme historique

LE MIDI, LES MIDIS

L'univers 

La troisième République Française, et l'image du Midi dans ces temps-là. Un ouvrage d'histoire écrit par plusieurs historiens, soucieux de sortir des carcans maussades et usés de la couverture historique (j'ai pu voir en faisant des recherches, des couvertures historico-politiques récentes complètement à côté de la plaque) 

Idée directrice 

Essayer de représenter un cliché du sudiste feignant, rural (par opposition au Parisien, urbain) dans un environnement sous entendant la fin du 19e, le début du 20e. En effet l'effet l'ouvrage traite dans de nombreux passages, du racisme anti-sudiste exprimé par les élites du nord dans de nombreux ouvrages, discours ou caricatures.

Le visuel 

La typographie choisie est volontairement droite, avec des serifs (les "pointes" des lettres). La police Bodoni donne l'idée d'écriture massive mais élancée, donc ayant une légère connotation Impériale (Bonaparte, Rome). On axe le titre sur la notion centrale du sujet : le midi, les midis.

Autour, l'encadrement donne une tonalité Beaux-Arts à l'ensemble (qui se répand aux entournures de 1860)

La couleur rouge de fond, légèrement texturé tissu, rappelle que cette période a été celle de l'effervescente socialiste, très prégnante dans le sud-ouest entre autres (qui fut une terre de grands dirigeants politiques de la troisième république)

L'illustration

La scène se situe sur une colline, avec en fond des sommets pyrénéens (ou Alpins) nous inscrivant dans un environnement rural et accentué (tels les idiomes locaux). Le personnage moustachu, au nez prononcé (suggérant une forte voix nasale, comme celles qu'on entend dans les Pyrénées) semble être lui-même un paysan, un métayer. Son habillement rustre, et son couvre-chef gascon nous le suggèrent d'autant plus. Nous le voyons allongé, en train de faire une sieste (una siesta!) adossé à une antique roue de carriole. Cette roue est envahie de mauvaises herbes, prouvant que non seulement elle n'a pas été utilisée depuis longtemps, mais qu'également on a négligé son entretien. La caricature de fainéantise est définitivement plantée.

Enfin, l'orientation spatiale joue un dernier rôle discrètement : la roue et le paysan se situent sur la gauche, s'inscrivant dans le passé, et orienté vers la droite (l'avenir) celui-ci ferme les yeux, ignorant ou faisant fi ce qui peut bien advenir. Il est allongé sur une pente, dans une position de glissade : l'homme se laisse aller à glisser, attiré vers le bas. On renforce là l'idée de décadence propre aux clichés des gens du Sud. On reconstruit la une symbolique des clichés courant à l'époque lorsqu'il était sujet du midi.

 


 

couverture graphisme histoire paysannerieFIGURES PAYSANNES EN FRANCE

L'univers

La typologie paysanne Française récente, avec ses mythes et ses regards.

Idée directrice

Montrer d'un coup d'oeil le rapport du monde paysan à sa propre évolution. L'ouvrage apporte un certain éclairage sur le sujet.

Le visuel

Un grand titre bloc, avec la typo "champagne & limousine". Cette typo linéale (bâton, fine et élancées) apporte une "modernité" à la couverture, et contrebalance ainsi avec l'aspect vieilli de l'illustration. Elle est associée à une typo tout aussi moderne "Didot" (le sous-titre), créée au début de l'air industrielle (typo claire et fonctionnelle), qui renvoie directement à notre sujet et accompagne ainsi le visuel du tracteur symbole de l'écrasante modernisation des appareils agricoles et d'une agriculture intensive.

L'ambiance est bleutée, violacée, on se situe au crépuscule, sans être dans l'obscurité. La qualité de la photo parait très abîmée, comme ces vieux tirages daguerréotypes.

L'illustration

Une scène rurale, de fin de journée. Le soleil couchant darde de ses derniers rayons, nous signifiant la fin du travail dans le monde rural d'antan. L'église, symbole sociorural par excellence, nous suggère le son des cloches tintant le couvre-feu (l'heure de cesser le travail). Il s'agit la d'un rapport fort au temps et aux saisons (jour/nuit, printemps/été, vie/mort, la terre/ciel…)

On voit à gauche (le passé) l'homme rentrer fourbu du travail. Il porte à l'épaule une faux, cet outil agricole millénaire permettant les moissons (chargée de symbolisme de vie et de mort, de renouveau…)

Venant de droite, dans un quasi-anachronisme, surgit un tracteur avec ses charrues. Il semble aller dans le sens contraire du pauvre manouvrier qui rentre chez lui. Le monstre mécanique polluant part à l'assaut du surproductivisme, de l'agriculture intensive faisant fi du climat et de des saisons.

La lutte paraît inégale entre l'homme et la machine, dans cette ambiance de fin de journée, de fin d'un monde, de fin du monde. Le cadrage est bancal, et penche vers la droite, suggérant un certain malaise.

De ce face à face, le lecteur est interpellé sur la place du paysan dans ce nouveau monde agroalimentaire, du poids de traditions et de la place de l'homme auprès de la nature.

 


 

Coeur entre 2 chaises graphisme littérature gayLE COEUR ENTRE 2 CHAISES

L'univers 

Suite à un drame, le désarroi amoureux d'un jeune homosexuel dont le coeur se retrouve partagé entre deux amours.

L'idée directrice 

Suggérer la jeunesse et le désarroi sentimental des protagonistes par un griffonage sur une sorte de mot doux graphique. Le cahier spirale place l'histoire dans un environnement étudiant.

L'illustration

La typo utilisée est claire et lisible, et surtout ne tombe pas dans l'écueil de la typo fantaisie "djeun's". L'agencement est toutefois fantaisie, notamment avec le 2 en grand format qui est un clin d'œil au langage SMS, encore attribué aux plus jeunes.


L'image est sombre, et l'image paraît surgir d'un flash. Un éblouissement, mais également un instant fugace de lumière dans les ténèbres de l'incertitude.


Sur une table de bureau, un dessin est griffonné. Un croquis dessiné à la hâte par un amoureux pris dans ses pensées. Peut-être l'a-t-il dessiné pendant un cours en marge de ses notes, pendant un repas ennuyeux où on lui parle d'autre chose que de ses obsessions ?


Le cœur est rouge plein de vie, mais son équilibre est instable, prêt a tomber car installé entre deux chaises. La position décrit une sorte d'inconfort. L'ombre projetée par les chaises laisse deviner la forme masculine de deux jeunes personnes, et nous renvoie ainsi la dimension homosexuelle et romantique de l'histoire.

 


 

 Pour conclure ces descriptions, je conclurai donc par cette définition du graphisme que je trouve suffisamment juste pour terminer ce propos :

Le graphisme est une discipline qui consiste à créer, choisir et utiliser des éléments graphiques (dessins, caractères typographiques, photos, couleurs, etc.) pour élaborer un objet de communication et/ou de culture. Chacun des éléments est symbolique et signifiant dans la conception du projet, selon les axes définis éventuellement avec d'autres intervenants du domaine de la communication, dans le but de promouvoir, informer ou instruire.

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